Principes éthiques et Préceptes

Principes éthiques

Les principes éthiques de la communauté invitent les membres et participants à adopter des comportements bienveillants et de la gratitude1 envers la vie, l’environnement, tous les êtres sensibles et eux-mêmes. Ils demandent de s’engager dans diverses attitudes favorisant le plus grand respect entre les membres et participants, telles que des conduites d’authenticité, de curiosité, de sincérité, d’honnêteté et d’humilité.

L’actualisation et la manifestation de cet engagement se basent sur la mise en pratique des préceptes bouddhistes qui sont au cœur même de la pratique de tout bodhisattva, soit : celui qui éprouve la souffrance des êtres sensibles et en comprend les causes; celui qui témoigne sagesse et discernement, compassion et bienveillance envers ceux-ci et lui-même; et celui qui agit pour le bien et l’éveil2 de tous les êtres.

Les principes éthiques et les préceptes sont beaucoup plus qu’un code moral ou celui d’un code civil au sens de la loi et de la justice. Ils favorisent et orientent nos perceptions, conduites et comportements dans le sens d’une spiritualité toujours plus grande où l’usage de ces pratiques transcende le soi3 sans le nier, amène plus de gratitude, d’émerveillement et de compassion en ce monde.

Finalement, une politique de conduite spécifique est introduite comme complément aux principes éthiques et préceptes bouddhistes pour optimiser une conduite déontologique adaptée au monde occidental en prévention, entre autres, d’attitudes de harcèlement, d’abus sexuel ou psychologique par les personnes ayant une fonction d’autorité, les membres ou de simples participants (non-membres) au sein de la Communauté Zen de Québec (CZQ).

Préceptes

Les préceptes4 de la Communauté Zen de Québec sont d’origine bouddhiste et nous invitent à développer des attitudes de vigilance, de lucidité et d’ouverture. Ils nous encouragent à penser, parler et agir avec une attitude compatissante et de bienveillance afin d’atténuer ou d’éliminer la souffrance. Ils permettent une plus grande connaissance de soi et des autres. Ils nous rappellent la responsabilité universelle que nous avons tous envers nous-mêmes, tous les êtres et la vie elle-même.

La pratique de la méditation assise actualise ces préceptes, en dévoilant diverses attitudes et caractéristiques de l’esprit d’Éveil telles que l’esprit vaste et spacieux, joyeux et bienveillant, lesquelles sont à leur tour un accompagnement indispensable à la pratique du Zen et la réalisation de nos activités quotidiennes. Dans les faits, l’assise silencieuse, les rituels, le chant des Sutras, suivre les préceptes et l’exécution de nos actions au quotidien sont par essence intimement liés et mutuellement interdépendants. Traditionnellement, dans le bouddhisme Zen, on s’engage sur le chemin de la réalisation de notre nature profonde5 en faisant le vœu d’accomplir les trois (3) préceptes purs et les dix (10) préceptes fondamentaux (jap.6 juzenkai).

A. Pour les laïques et les bodhisattvas7, cet engagement se traduit d’abord par l’entraînement des trois (3) préceptes purs.

Les trois préceptes purs :

  1. Éviter de faire le mal : s’abstenir de toute action malveillante ou destructrice, c’est cesser de réagir. Par la pratique de la méditation et les enseignements sur le Dharma, notre action prend sa source dans le silence, la non-pensée, le non-agir et le non-faire.
  2. Faire le bien : c’est agir avec sagesse et discernement, compassion et bienveillance.
  3. Réaliser le bien pour tous les êtres : c’est connaître et maîtriser d’abord l’esprit qui est le nôtre afin de penser, parler et agir pour le bien-être et l’éveil de tous.
    Comme le dit le bouddha :

Ne commettre aucune action négative (1),
Cultiver un trésor de vertu (2),
Dompter cet esprit qui est le nôtre (3),
Ceci est l’enseignement de tous les bouddhas (les éveillés).

B. Cet engagement se complète par les cinq (5) premiers préceptes fondamentaux.

Les 5 premiers préceptes fondamentaux :

  1. Conscient de la souffrance causée par la destruction de la vie; c’est le principe de ne pas tuer, de vivre en harmonie et d’honorer la vie sous toutes ses formes en faisant le vœu de cultiver la compassion, d’apprendre à protéger et respecter la vie.
  2. Conscient du pouvoir dévastateur que peut avoir l’avidité, l’oppression, l’injustice sociale, nous faisons le vœu d’être satisfait de ce que l’on a; c’est le principe de ne pas voler, de ne pas s’enrichir aux dépens des autres ou d’améliorer sa propre condition en causant de la souffrance chez tous les êtres.
  3. Rencontrer toute création avec respect et dignité; c’est le principe d’avoir une conduite sexuelle non préjudiciable; d’adopter des comportements d’amour et d’amitié favorables à l’épanouissement de chaque personne.
  4. Écouter et parler avec son cœur; c’est le principe de ne pas mentir aux Bouddhas, aux autres et à soi-même; de parler et d’agir du fond du cœur suivant chaque situation du moment et de s’abstenir de tout faux discours envers la communauté, les participants et tous les êtres.
  5. Entretenir et cultiver un esprit clair; c’est le principe d’éviter de consommer des produits intoxicants; de ne pas s’illusionner ou s’entretenir dans l’ignorance tout en accueillant chaque expérience du moment pour ce qu’elle est.

    C. Toutefois, la Communauté Zen de Québec favorise et encourage l’actualisation des dix (10) préceptes fondamentaux pour les bodhisattvas et les participants en incluant les 5 préceptes suivants.

  6. Accepter de façon inconditionnelle ce que chaque moment a à offrir; c’est le principe de ne pas parler des erreurs et fautes des autres. C’est cesser la critique négative, la calomnie et la médisance, le blâme ou accusation des autres sans fondement et d’être responsable de ses propres actions. C’est considérer sa souffrance et celle d’autrui comme une occasion unique de s’éveiller.
  7. Parler de ce que je perçois comme étant une part de vérité sans culpabilité ou sans accusation; c’est le principe de ne pas s’élever ou se vanter soi-même; de parler et d’agir avec une attitude d’ouverture et se dévoiler avec sincérité, honnêteté, authenticité et humilité.
  8. Utiliser tous les ingrédients de la vie; c’est le principe de ne pas être avare ou égoïste, d’adopter une attitude d’ouverture inconditionnelle, de patience et de générosité; de voir chaque événement comme un moment unique pour appréhender la réalité ultime, voire les liens de causalité, l’interdépendance et l’impermanence de toute chose. Profiter du moment présent pour s’engager et agir dans le monde tout en acceptant d’être changé par celui-ci.
  9. Transformer la souffrance et nos blessures en sagesse; c’est le principe de ne pas entretenir de colère et de haine envers soi-même et les autres. C’est aussi se responsabiliser face à sa propre souffrance en travaillant sur ses propres enjeux psychologiques, et ce tout en ayant soin de sa propre diligence sur le chemin spirituel, sur la voie de l’éveil.
  10. Honorer la vie; c’est le principe de ne pas dénigrer ou profaner les trois trésors ou joyaux (Bouddha, Dharma et Sangha), en reconnaissant : (1) la nature éveillée, voire la nature profonde ou fondamentale8, chez tous les êtres (Bouddha); (2) la diversité et la multitude des enseignements de sagesse et de compassion qui sont au cœur de notre propre existence (Dharma); (3) l’importance d’une compréhension profonde dans nos espaces relationnels, de l’interdépendance, de l’impermanence et de la vacuité de toutes choses ou phénomènes. Cela met en place les conditions favorables à plus de sagesse et de discernement, de compassion et de bienveillance dans nos actions pour mieux vivre en harmonie avec les membres de la communauté (Sangha), et par extension, tous les êtres sensibles.

Finalement, comme complément aux Principes éthiques et Préceptes de la Communauté Zen de Québec, nous vous invitons à lire attentivement l’onglet sur la Politique de conduite.


1 La gratitude est un sentiment de reconnaissance ou de mémoire. Elle s’accompagne généralement d’un sentiment de sérénité, d’une grande humilité, de l’émerveillement et d’une joie profonde. Ce sentiment n’est jamais animé d’un sentiment de nostalgie ou d’espérance, voire d’espoir.

2 L’éveil est le fait de réaliser notre propre nature originelle (nature de Bouddha) par l’abandon, le non-attachement ou l’effacement de nos propres illusions et perceptions erronées que nous entretenons à propos de la Réalité. Dans l’expérience quotidienne et la pratique de la méditation, c’est la manifestation d’un phénomène (conscient ou inconscient) de nature cognitive, souvent ineffable qui s’accompagne d’un état de calme, de sérénité et d’une grande plénitude. Cela implique la manifestation pleine et entière de la sagesse et de la compassion, et ce grâce à une perception et compréhension juste, directe et non conceptuelle de la Réalité telle qu’elle est.

3 Transcender le soi, c’est la capacité pour l’individu de s’élever et d’aller au-delà : (1) de sa propre identité; (2) de la perception et la compréhension, souvent restreintes, de ses propres vues, croyances et opinions sur soi-même, autrui et la Réalité; (3) de ses diverses attitudes égotiques, conscientes ou inconscientes. Cette transcendance permet de reconnaitre et dépasser nos désirs, nos peurs et nos illusions les plus profonds intimement liés à l’Ego. Cette aptitude à « transcender le soi », amène l’individu à percevoir le monde, voire l’Univers entier, à travers une conscience élargie et agir avec compassion. Transcender le soi, c’est « dé-couvrir » le Soi, appelé aussi le non-soi dans le bouddhisme ou le Zen.

4 Dans le Zen, la mise en pratique des préceptes, appelés aussi principes, est vue et actualisée au quotidien comme un entrainement ou une recommandation non culpabilisante pour les participants. Tout non-respect d’un de ces préceptes doit être vu comme une occasion de réfléchir et d’acquérir encore plus de sagesse et de bonté, et ce tout ayant de la bienveillance envers soi et les autres. Pour le bodhisattva, qu’il soit laïque ou monial, les préceptes font partie de la prise de vœux, témoins de son engagement formel dans la voie du Zen.

5 Voir la note #8 de bas de page, laquelle définit notre nature profonde ou fondamentale, appelée aussi notre nature véritable ou nature de Bouddha.

6 Jap. : abréviation pour indiquer que le mot ou une expression s’écrit ainsi en langue japonaise.

7 Le bodhisattva est un « être d’éveil » qui a pris ses vœux sur la voie du bouddhisme ou du Zen (jap. jukai ou juzenkai), et ce en faisant un travail psychologique et spirituel sur lui-même tout en étant, sinon plus, concerné et intéressé par la souffrance et l’Éveil de tous les êtres. Par sa seule présence et dans chaque espace relationnel, il est motivé par ses vœux de « sauver » tous les êtres : c’est-à-dire, d’aider les êtres à se libérer de leurs propres illusions, soit de l’attachement en la permanence et l’indépendance de leurs perceptions souvent erronées de ce qu’ils veulent croire ou ne pas croire en ce qui concerne la Réalité. Un bodhisattva est un témoin à sa mesure du Dharma vivant envers tous les êtres par des actions d’intérêt non personnel, une écoute empathique, des paroles et des gestes bienveillants. Mais surtout, en aidant autrui par la sagesse et la bonté à se responsabiliser face à ses propres illusions, aux causes véritables de sa souffrance dont l’ignorance est la cause première, et de voir la Réalité telle quelle. On note ici que dans le domaine des neurosciences et de la psychologie, les concepts d’illusions et d’ignorance peuvent être désignés aussi dans certains contextes comme étant des biais cognitifs, de conformité, de mémoire, etc. Tous ces types de biais ou illusions sont à l’origine d’une altération de notre perception et compréhension de la Réalité.

8 Cette nature fondamentale chez tous les êtres consiste à : (1) nous éveiller de nos tendances et conditionnements pouvant causer de la souffrance, nos croyances et réactions inconscientes qui agissent automatiquement et nous maintiennent prisonniers dans une vision ou une perception étroite de qui nous sommes et de ce en quoi consiste la vie ou toutes choses ; (2) retrouver en nous une véritable liberté et joie intérieure, une spontanéité et transparence d’être vrai en cessant de s’illusionner sur ce que l’on croit être dans cette vie, et ce dans une attitude d’honnêteté, d’authenticité, de simplicité et d’humilité. Dans la pratique du Zen, on appelle cela s’éveiller ou se libérer de nos propres illusions (jap. bonnos) ou obstructions à propos de la Réalité. L’illusion, c’est notre attachement à ce que l’on croit ou veut croire et non à ce qui EST. La pratique de la méditation, permet de retrouver cette vision et compréhension juste de la Réalité, de voir ce qui EST et non ce que l’on veut croire.

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